Le point de rupture

Je donne toujours le change en public. Je souris, je console ceux qui ont besoin de l’être alors que je suis tout autant affectée par les évènements. J’ai appris selon les principes de Mme de Merteuil dans les liaisons dangereuses. Je suis une virtuose de la dissimulation.
Sauf que là j’en peux plus. Je n’arrive plus à nager à la surface. Je suis à deux doigts de la transformation de Red Hood en Joker (univers de Batman, toujours). En gros, il a perdu la boule car son cerveau ne pouvait plus faire face aux évènements qu’il venait de subir en pleine face et il a grillé et le passage dans une cuve d’acide n’a pas aidé. Par la suite, il n’a plus aucune logique, il veut juste faire ce qui le fait rire sans se soucier des conséquences (la ville à feu et à sang ? OSEF).

Mon cerveau lui aussi n’en peut plus. Chaque évènement se surajoute, et je plie. Je plie parce que je n’ai aucune prise ou parce que je livre un combat constant qui à force m’épuise.

Petit florilège

Côté boulot

Je ne supporte plus mon travail. Je ne conviens pas à ce poste, et ce poste ne me convient pas. J’ai donc postulé à d’autres job, et j’ai été retenue pour deux postes à Paris. J’en informe mon chef à trois plumes qui me donne sa bénédiction et me dit être « flexible sur le calendrier ». Je précise que je suis fonctionnaire donc quitter un poste pour un autre est un peu plus compliqué que dans le privé.
Et puis, le service RH mon administration à Paris se réveille pour les procédures uniquement en février (malgré mes relances mon harcèlement)pour une arrivée prévue au 01 mars. L’administration de province retourne sa veste et le chef à trois plumes décide de marquer sur la fiche de mobilité « avis sous réserve de remplacement impératif. Départ immédiat si certitude de remplacement sinon application du préavis de 3 mois prévu dans la loi de 2009 (mi-mai donc) ». Il a carrément crée cette case sur la fiche qui ne proposait que deux choix « favorable au défavorable ». Sauf que c’est très bête car ce n’est pas le service RH de mon administration à Paris qui décide de mon remplacement. On me parle de délais de 6 mois. Sauf qu’à Paris ils ne vont pas m’attendre 6 mois. Avec les RH de Paris on essaie de joindre le gestionnaire de mon corps, il nous dit qu’il faut l’accord explicite de l’administration de province. Et puis maintenant, silence radio. Ca pue, vraiment.
Le chef a trois plumes me fait payer le départ soudain d’un de mes collègue pour Paris l’année dernière. Lui non plus n’en pouvait plus de cette ambiance pourrie. Il est parti presque du jour au lendemain sans que le dit chef à trois plumes ne soit consulté. Et ça, ca a fait très mal à son égo surdimensionné.

Dans mon administration de province, je suis au placard. Personne ne me parle car je suis bizarre. Et puis j’ai voulu partir, comme les autres (comme c’est étonnant!). Alors je suis enfermée dans un bureau avec presque rien à faire. Si, mon chef à une plume aime bien déléguer les tâches non valorisantes. Et je n’ai même pas envie de faire quelque chose. Donc je prépare les concours dans mon coin. Et je mets de la mauvaise volonté dans chaque tâche confiée parce que faut pas pousser je vais pas me faire empapaouter avec le sourire.

Il y’a aussi cette collègue encore pire que les autres. C’est très honnêtement la pire personne que j’ai pu connaître. Et j’ai un père violent avec ma mère qui l’a menacé de mort avec un flingue s’il la quittait. Elle ment, elle flatte la hiérarchie de manière ostentatoire (mais les mecs ils ont un égo tellement énorme qu’ils en redemandent), elle écrase tout le monde. Et moi, elle ne m’aime pas. Je suis cadre, je suis jeune et je suis une femme, trois problèmes. Le pire c’est qu’elle aime faire du mal aux gens juste pour prendre son pied à les regarder souffrir, même pas parce que ça lui apporte quelque chose.
Elle est venue chez moi après une opération chirurgicale sans y être invitée. Elle a ensuite été déverser dans tout le service que chez moi ça n’est pas rangé.
Une fois sans faire gaffe mon pantalon est un peu tombé. Elle a envoyé des sms à sa collègue de bureau pour se foutre de moi alors que j’étais à côté. Ensuite elle a été commérer dans tout le service. Sans jamais rien me dire. Et elle a eu le culot de me dire que ce n’était pas vrai.
Le chef a trois plumes m’avait confié la rédaction d’une note pour le préfet. Je suis nulle à l’oral mais l’écrit je maitrise. Je lui ai envoyé cette note en copie. Elle a fait des modifications dans son coin et a ensuite envoyé sa version au chef à trois plumes. Elle s’est faite recaler car elle ne sait pas écrire. Petite victoire. Dans le même genre, elle prend des documents que j’ai préparé, écrit plein de conneries et les envoie au chef à trois plumes en mode « regardez elle ne sait pas ce qu’elle fait ».
Et elle va affirmer à tout le monde que mes pathologies c’est du chiqué, que je veux juste attirer l’attention. Ouai, c’est juste pour ça que je n’en parle pas.

J’essaie de faire mon dosser travailleur handicapé mais mon administration de province me dit que désert médical donc pas de médecin du travail. Donc impasse.

Côté concours

Je prépare les concours que je n’ai pas osé passer quand j’étais étudiante. Et quand je regarde la bibliographie, je me rends compte que les mecs qui ont écrit les bouquins c’était mes profs de l’époque. Et je me dis que j’étais vraiment conne et que je n’ai pas su saisir ma chance.

Côté santé

J’en ai marre de devoir me battre avec les médecins pour obtenir un diagnostic et le traitement adapté.
Pour mon épilepsie j’ai du attendre des mois car on m’a classé dans les « crises d’hystérie » en raison de mes antécédents de dépression.
Pour mes migraines avec aura (où je perds juste la vue et l’usage d’un côté du corps), une neurologue a eu le culot de me dire « oui vous êtes juste gênée pendant 40 minutes tous les jours, c’est rien ». Oui, ne plus pouvoir assurer les réunions et les obligations familiales au quotidien c’est juste une gêne …. J’ai du faire des recherches et quémander moi même le traitement adapté. « Oui mais il est fort celui là ! » « Et les conséquences sur ma vie elles sont pas fortes connasse ? »

Je replonge doucement dans l’envie de ne plus rien faire, dans l’envie de manger jusqu’à étouffer, jusqu’à en crever et de tout faire sortir parce que décidément je ne suis qu’une merde à me laisser aller comme ça. Je reprends mes bonnes vieilles habitudes. Parce que la douleur physique est tellement plus simple à gérer que la douleur morale. Parce que me faire vomir c’est encore la seule chose dans ma vie que je peux contrôler.

Côté PMA

Aujourd’hui j’ai du mettre une protection à cause des saignements. Le Viking m’a dit que de toute manière il n’y croyait plus, qu’il me laisse juste tenter le tout pour le tout car sinon j’allais avoir des regrets.

 

 

 

 

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Mon corps suit le mouvement de grève

Voilà le milieu du cycle. La Pitié Salpêtrière voulait avoir plus d’infos sur mon cycle pour mieux calibrer ma prochaine stimulation. Bon en vrai je ne retournais certainement pas les voir pour une PMA, mais après pour le suivi de mon dessèchement après mon (peut être) futur accouchement.

Donc soyons bons élèves et allons de bon matin au labo pour nourrir le vampire du sous sol. Et puis, ca fera des infos en plus pour le rdv avec Hope. Consciencieuse je vais donc amener mes grosses fesses à Eylau de bon matin. Je repère du vieux sang noir sur le trajet retour. On est à J12, putain d’isthmocele (or not ?).

Midi, pause déjeuner au boulot. Brocolis et riz nérone (une tuerie ce riz sérieusement, index glycémique bas et un gout de fruits rouge) devant mon ordinateur. Coincée dans ce job tellement pourri que 80% de la direction demande sa mutation, mais le chef les refuse toutes j’en profite pour réviser mes futurs concours #RAFjemecassedetoutemanière.

Les résultats tombent: douche froide. Mon corps me tend juste un majeur avant de me l’enfoncer dans l’œil jusqu’à l’opposé du crane.
Je me paie le luxe d’avoir un taux d’oestradiol et de LH plus bas qu’à J3 alors que je suis censée être en période pré-ovulatoire. Et plus bas, pas genre « juste un chtouille je suis dans l’erreur statistique » nooooon.

E2: 24 à J3 =====> 19 à J12
LH: 7 à J3 ======> 2 à J12

Elle m’a aussi demandé un dosage de la progestérone pour détecter une ovulation précoce (lolilol). 0.1 comme à J3. En dessous des normes, comme d’hab.
Les hormones mâles types testostérone et cie sont elles aussi au ras des pâquerettes (c’est pour ca que la fille de  bodyminute me maudit en voyant le peu de poils qui poussent entre deux épilations ?)

  1. Le prochain qui me dit que je ne suis pas en processus de lyophilisation tendance carence ostrogenique et que « je suis jeune, j’ai le temps c’est pas comme si vous alliez perdre 20% de chances tous les ans m » sera goudronné et plumé en place publique.
  2. Le prochain qui me ressort la théorie de la mycose (vécue ce week end alors que je suis allée pleurer chez mon médecin traitant pour avoir l’ordonnance d’œstrogènes en gel que le centre PMA a oublié et veut attendre des mois pour récupérer car pas de consult par d’ordonnance) devra manger un mélange d’ovules antifongiques et d’utrodegeu pour le petit déjeuner.
  3. Abonner tout espoir de bébé couette parce que avec une LH comme ça, mes pauvres ovules vont être sensiblement proches de la forme d’une personne peinte par Picasso

Comment c’est physiquement possible, je ne sais pas. Normal c’est sur que non. J’ai perdu 3 kilos depuis le début de ce cycle, est-ce que ca serait ça ? Pourtant ca me semble bien trop peu pour perturber quoi que ce soit.
Ma situation de merde au boulot ? Je ne veux pas leur faire ce plaisir.

Tout se mélange dans ma tête: OPK ? Oui mais avec cette LH normale puis en baisse ça ne colle pas exactement. Hypophyse défectueuse ? Oui mais la FSH est normale donc niveau hypophyse il y’a quand même un semblant de fonctionnement. Une mamiepause qui s’annonce ? Oui mais mon AMH est top.

Plus que jamais j’ai hâte d’être à fin mai pour tenter de comprendre, d’émettre des hypothèses. D’arrêter de me proposer des stims qui seront jouées au dés et qui pourraient très mal finir avec ma trompe gauche en miettes.

EDIT: encore du sang. J’en deviens blasée.

Des comme toi on en connait pas

« Viking ne le prends pas mal, mais toi tu as Lananoutte, pas une femme » m’a dit le père de ma meilleure amie juste après mon mariage. Je n’ai jamais été « comme tout le monde ». Et pour cause, je ne comprends vraiment rien aux autres êtres humains, aux interactions sociales. Toutes mes interactions hors cercle très privé (comprenez une dizaine de personnes que je connais depuis 10 ans) sont le fruit de l’imitation de ce que j’ai pu voir dans ma vie. Donc oui des fois ca donne des réactions stéréotypées, un peu décalées.

Cas pratique: Lors de l’enterrement de la grand mère du Viking décédée d’une septicémie suite à une infection pulmonaire foudroyante, toute la famille se retrouve en rang d’oignions au cimetière pour recevoir les condoléances (pratique jusque là pour moi inconnue, cf. pas catholique tout ça tout ça). Pluie battante. Réaction spontanée de ma part: punaise à rester plantés comme des piquets comme ça on va chopper la mort.

 

Mais dans la tête du papa de ma meilleure amie, ne pas en voir des comme moi, ça voulait aussi dire que je n’étais pas une femme comme les autres, comme toutes celles qu’il fréquentait ou qu’il avait pu côtoyer.

Au lycée je me retrouve dans cette fameuse section littéraire. Nous sommes 23 filles. Majoritairement des profs féminines (#préjugésdanslorientation). Avec nous, elles s’autorisent des choses qui peut être auraient donné lieu à de l’auto-censure dans une classe mixte: on étudie Olympe de Gouges, les liaisons dangereuses, on nous parle du « pouvoir » du corps féminin, de se battre contre les injustices et pour l’égalité, que nous pouvons exister en dehors de l’attention des garçons.

Alors je me transforme en « féministe extrémiste » d’après mon père. Je veux garder mon nom, m’épanouir dans mon métier, être l’égale de mon compagnon, ne pas tomber dans le piège des préjugés lié à mon identification sexuelle. Possiblement avoir des enfants toute seule si je ne trouve pas le père avec qui je souhaite me lancer dans cette aventure.
L’indépendance et l’accomplissement personnel sont passés par les grandes écoles, la réussite de concours difficiles, la rencontre d’un homme qui partage mes principes, qui partage les tâches ménagères.

Alors pour mes parents, pour mes beaux parents je suis un OVNI. Je n’obéis pas à mon mari, je fais mes propres choix en lui demandant son avis mais en ne le suivant pas toujours, je suis carriériste, je gagne plus que mon mari, et je ne tiens pas ma maison (aka ménage et s’occuper seule des enfants). Je ne traite pas mon mari/leur fils comme une femme devrait.

 

Souvent j’ai essayé de me fondre dans un moule qu’ils pourraient comprendre, qu’ils apprécient quitte à cacher ce que je suis où arranger ce que je pense. Mais je n’ai plus envie de me cacher aujourd’hui, parce que j’en suis arrivée à un point où crotte une femme ne devrait plus avoir à faire la carpette pour être acceptée socialement. Parce que crotte j’en ai marre d’être reléguée à la cuisine avec les autres femmes pendant que ces messieurs s’occupent des travaux extérieurs. Moi aussi j’ai envie de monter sur les grosses machines agricoles et ce ne sont pas mes ovaires pourris qui m’en empêchent !

 

L’idée d’un 4e enfant c’est la mienne. Le viking s’est rangé derrière le bulldozer que je suis quand il a compris l’importance que ça avait pour moi cette grande famille. Mais jamais je ne l’ai forcé, c’est en discutant que nous sommes arrivés à cette conclusion.
Et bien mes beaux parents ne l’entendent pas de cette oreille: « oui tu sais dans la vie on a pas toujours ce qu’on veut, des fois il faut s’adapter c’est comme ça ». Traduction ===>  femme, ton opinion et tes envies comptent moins que celles de ton mari. Tu t’en remets à son jugement supérieur au tien,  et va faire la lessive parce qu’on trouve que tu laisses un peu trop ton mari prendre sa part des tâches ménagères tu comprends ses couilles vont tomber s’il prend trop souvent l’aspirateur.

Je me souviens aussi de la réaction de ses frères quand j’ai souligné que mon nom de famille était resté Lananoutte après mon mariage: ouai faut t’imposer, faut montrer qui est le bonhomme ! Dois-je mentionner qu’ils ont plus de 25 ans et jamais eu de relation sérieuse ?

Loin de moi l’idée de faire du snobisme ou de dénigrer d’où je viens. Mais évoluer dans des milieux diamétralement opposés (en l’espèce la campagne profonde vs les énarques) m’a fait réfléchir et mieux comprendre cette différence. C’est quand même vraiment plus simple d’être une « femme libérée » quand on a pu faire des études et être indépendante financièrement, quand on peut évoluer dans un monde où le congés parental n’est pas une obligation financière et sociale, quand on a le luxe de faire et d’assumer ses propres choix. Ou tout simplement quand on a eu la chance d’avoir pu côtoyer des personnes ayant des modes de vie différents de la norme autour de nous. De la part de personnes modestes, j’ai toujours cette même remarque du « mais pourquoi tu prends pas un congés parental ? Pourquoi tu ne travailles pas à mi-temps ? Ma pauvre tu ne vas jamais y arriver ! » Non j’ai juste Wonderpapa. Mais pour elles voir un homme sortir de son rôle stéréotypé est loin d’être une évidence. Une femme doit d’abord tenir son foyer seule et ensuite voir s’il lui reste du temps pour son épanouissement personnel et professionnel.

Pour finir, j’ai juste envie de dire que c’est plus beau de choisir de partager sa vie avec quelqu’un parce qu’on l’aime alors qu’on peut très bien se débrouiller seul(e) plutôt que parce qu’on est dépendant(e) de lui non ? Même si parfois la vie ne nous laisse pas ou plus le choix #mamanjepenseàtoi .

 

 

Attention ca va saigner (ou pas) + précisions

Il se pourrait que votre isthmocèle vous fasse saigner une dizaine de jours après vos règles, c’est assez courant. Ah non, non pas beaucoup de sang rouge, juste des petites pertes marrons.

Mouais … J’ai pas le souvenir que ca se soit passé comme ça (cf. ici ou encore la). Les saignements je les ai senti passer Monique ! La version règles hémorragiques en plein milieu du cycle. Narmol.

J’en suis à J7. Je guette ces pertes sanglantes non identifiées. Cette nuit j’ai rêvé que j’en avais plein sur le papier toilettes. Obsession. Je scrute mes fonds de culotte. Obsession toujours.

Parce que dans ma tête si ces pertes ne viennent pas aux alentours de J10, alors il faudra arrêter de blâmer ce brave isthmocèle qui n’a pas déjà pas bénéficié de la présomption d’innocence, et, en dernier recours, se mettre à écouter la patiente. Peut être chercher la cause dans un dérèglement hormonal ou dans cette saleté d’endométriose qui s’est installée autour de la trompe et de l’ovaire, et dieu sait où encore !
Alors j’espère que ces saignements vont rester gentiment là où ils sont. Et qui sait laisser un endomètre en à peu près bon état pour une hypothétique accroche qui va se terminer en fausse couche de toute manière. D’ailleurs petit aparté: c’est quoi cette théorie de gynéco qui vous sort que vous êtes fertile car vous faites des fausses couches ? Merde alors moi qui pensait que le but c’était d’avoir un bébé et pas un test de grossesse positif. Décidément, nous les patients on est vraiment pris pour des cons.

EDIT: il y’a bien ce gynéco qui m’a fait passer l’hystérosonographie qui m’a dit que les saignements n’étaient pas du à l’isthmocèle mais le chirurgien s’en fout, comme les autres docteurs.

 

Hier après notre partie de galipettes avec chéri j’ai eu mal toute la soirée, encore. Et à nouveau ce matin en allant aux toilettes. Non ce n’est pas une mycose (paye ta mycose qui dure depuis 3 ans). Oui c’est bien une douleur profonde et non superficielle. Non le lubrifiant n’aide pas. Peut être que mes douleurs et mes saignements sont liés ? C’est ma théorie de VAE gynéco en tout cas.
Le Viking est au courant. Mais j’évite de trop en parler, quitte à arranger la vérité sur mon niveau de douleur post rapports. Parce que c’est pas juste pour lui de devoir se taper les contraintes de mamie sécheresse à 30 balais. Merde à notre âge on devrait être dans THE période de rêve niveau galipettes, jeunes mais déjà bien un peu expérimentés.

Mon gynéco de ville m’avait prescrit de l’Estreva Gel étant donné qu’avec les migraines/épilepsie je ne peux prendre d’œstrogènes par voie orale. Ca devait améliorer les symptômes de la carence œstrogénique. Apparemment les mamies défraichies n’intéressent pas les labos: plus de fabrication de ce produit depuis 2013. Chouette. Pareil pour les équivalents d’après le pharmacien. Ca va être encore le sahara dans ma culotte et mon lit pendant un moment.

 

Infertilité vs Rationalité

La superstition c’est la vie, enfin chez moi. Quand arrive un moment de stress, je vais mettre le tee-shirt que je portais la dernière fois qu’il m’est arrivé un truc bien. Ca n’a absolument aucun sens.

Par contre dès que j’essaie de prier un dieu quelconque (avec 3 religions dans ma famille, j’ai le choix c’est bien), je me prends un méchant crochet du droit dans mon nez déjà cassé trois fois. Donc exit tout brulage de cierge, à tous les coups j’apprendrais que j’ai une torsion de l’ovaire relié à ma seule trompe potable en mode « mais je pensais que j’avais la gastro à cause du fromage fermier pas frais ».

Au boulot il y’a une collègue sympa. Vraiment très sympa. A l’écoute, intelligente, toujours de bonne humeur. Une perle au milieu de cette équipe d’autochtones mal dégrossis difficile.

Mais ma collègue dit avoir un don lui permettant de voir les choses avant qu’elles n’arrivent. Sans prétention, sans que ce soit une vision parfaite et complète.
Normalement je dirais cut the bullshit, ta boule de cristal c’est au pire un tissu de mensonges mal ficelés, au mieux le résultat d’une très longue étude du comportement humain qui permet de mieux anticiper les réactions de l’entourage.

Sauf qu’elle a réussi à deviner le prénom de mon dernier. Et pourtant il n’est pas exactement commun dans une région majoritairement catholique. Est-ce que c’est moi qui l’aurait laissé échapper une fois sans m’en souvenir ? Mais est-ce qu’elle l’aurait retenu au milieu du flot d’infos que je déverse toute la journée ? Bref, je balance entre la peur de croire que notre destin est écrit et que nous sommes impuissants et l’envie de croire que nous avons possibilité d’agir pour tracer notre chemin malgré les coups du sort.

 

Alors je doute. Mais ce qu’elle me dit dernièrement ne me plait pas, mais alors pas du tout.

Je vois que la naissance de la petite dernière (qui sera une fille apparemment) ne se fera pas avant un bon bout de temps qu’elle me dit. J’insiste, mais elle me dit que non vraiment elle ne voit pas de naissance dans un futur proche (genre dans les années qui viennent).

Alors je repense à mon utérus fendu, à ma trompe pleine d’adhérences et d’endométriose, à mes bouffées de chaleur, à mes ovaires sous doués, à mon hypophyse fatiguée. Et j’ai peur, peur parce que statistiquement elle a raison. Peur des épreuves et des échecs à venir.

Je m’en veux de déprimer car j’ai déjà cette chance d’avoir des enfants, que je devrais m’en contenter, que ce n’est rien par rapport aux couples qui repartent les bras vides. Rationnellement oui.
Oui, mais rien que d’y penser, de penser que je ne peux pas avoir accès à ce que les fertiles ont si facilement, que mon corps cassé me refuse mon rêve alors que j’ai renoncé à tant d’autres (notamment scolaires, professionnels), alors j’ai quand même le cœur en miettes.

 

Finalement j’ai tranché: Hope avant tout

En fait choisir c’est se dire qu’on peut prendre le meilleur de chacun, que l’un n’est pas exclusif de l’autre.

On peut choisir de se lancer avec Hope pour le parcours infertilité et après se remettre entre les mains du service de gynéco endocrinologie pour le suivi de mon insuffisance hypophysaire pour « le reste de ma vie » ne pas penser au fait que le reste de ma vie pourrait commencer sur l’échec PMA. Parce que le combo: hypophyse/opk/trompe endommagée par l’endométriose/isthmocele ça commence à me faire ressembler à un cas complexe, et que c’est justement la spécialité de Hope.

Ne perdons pas de temps, mais n’oublions pas le futur, et j’espère, l’après bébé.

Trop d’options tue l’option

SMS hier soir: nous vous rappelons que vous avez rdv demain avec le service de gynécologie endocrinologique de la Pitié Salpêtrière. Petit moment de flottement …

Ah oui j’avais pris ce rdv il y a plusieurs mois après la visite gynécologique classique. J’avais été au premier rdv mais je voulais laisser tomber. Trop d’avis tue l’avis.

La raison: Mais tu vas avoir un bon suivi avec Hope ! Te prends pas la tête !

La tentation: Oui mais tu pourras prendre un jour de congés et éviter un peu plus ces arschlocs du bureau. Et puis bon Hope c’est la fertilité mais bon il faudra bien suivre ton insuffisance hypophysaire sur le long terme le gyneco te l’a dit. Rapport au manque d’œstrogènes, ostéoporose, cancer du sein tout ça tout ça.

Ma flemme a parlé. Et surtout mon envie de pas retourner dans ce boulot que je veux quitter (pour rappel j’ai eu ma mutation mais mon chef s’oppose bec et ongles à mon départ).

1h30 de retard. La doc est jeune et dynamique. Presque pas plus vieille que ses internes. Elle va vite, elle va droit au but. Pas besoin de me battre pour qu’elle reconnaisse que je n’ai pas que des OPK et que c’est même le moindre problème chez moi.

Pour elle pas besoin d’opérer l’isthmocele car on risque de faire plus de mal que de bien. Ça me conforte dans l’idée que le petit bénéfice à opérer évoqué par l’autre chirurgien est en effet bien petit comparé au risque.

Elle me parle de pompe à GNRH. En gros pas d’injections à part l’ovitrelle pour déclencher. Et puis quelques petits clics pour soutenir la phase lutéale. C’est un boîtier posé sur la peau qui injecte de la GNRH toutes les 90 minutes et remplace l’hypophyse. Fini la ménopause et ses effets. Le tout est contrôlé par télécommande. L’électronicien de Viking est ravi d’avoir enfin une femme bionique qu’il peut programmer.

Et contrôle tous les deux jours avec le combo pds et échographie pour s’assurer que je ne suis pas en train d’héberger des sextuples.

On se laisse deux cycles avec cette pompe. Si pas de résultats, on opère les trompes bien abîmées par l’endométriose. Et après on relance les cycles avec la pompe. Si au bout de 6 cycles pas de grossesse, on passe aux injections. Sinon en désespoir de cause on passera en FIV.

Les hostilités commenceraient en septembre.

Trop d’options tue l’option. D’un côté nos finances nous disent d’essayer le public et d’avoir un suivi de gynécologie endocrinologue pour l’apres grossesse. Notre mutuelle nous couvre quasi tous les frais (en stims simples) mais ça fait un paquet d’argent à avancer pendant quelques semaines.

D’un autre côté je n’ai pas envie de perdre de temps dans des tentatives vaines. Surtout si au final on m’opère et en triturant les ovaires on écorne mon AMH.

Bref j’aurais du rester au boulot et surfer sur le net en faisant semblant de travailler si je ne voulais pas encore faire surchauffer les neurones.

De la notion des choses + EDIT

Mon exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres. Beaucoup de femmes (les Pmettes en particulier) vivent avec un fardeau bien plus lourd que le mien. Mais mes douleurs, aussi « gouttes d’eau dans l’océan » m’ont fait réfléchir et penser que notre curseur de la douleur, notre notion de certaines choses est tellement personnel qu’il en devient difficile d’être objectif.

 

Quand j’ai eu mes premières règles j’ai eu très mal. Ma mère m’a dit que c’était normal. Qu’elle s’était déjà vue se rouler de douleur dans un champs à en perdre connaissance. Que c’était comme ça d’être une femme. Elle m’a donné du spasfon et m’a interdit l’aspirine qui allait aggraver le flux.
J’ai cru que la douleur en cette période était normale. On m’a dit que ca passerait avec le temps. 8 ans plus tard rien n’avait changé.

Et puis, j’ai pris la pilule, et c’est allé mieux. J’ai du mentir sur le fait d’avoir un petit ami car aucun médecin ne voulait me la prescrire « pour rien ».
Mon hypophyse s’est déréglée. Je n’avais presque plus de règles, et elles étaient peu abondantes. Je n’avais plus vraiment mal. Alors j’ai pensé que j’étais sortie d’affaire.

Et puis après mon dernier accouchement j’ai eu à nouveau ces douleurs. Je me suis dis que c’était duphaston que c’était normal. Et puis ce cycle « naturel »  j’en suis à ne plus pouvoir me baisser tellement j’ai mal. J’ai des médicaments anti douleurs généraux pour ma bronchite et j’ai encore mal.

Je repense à ma mère, à ses douleurs dont lui a appris à ne pas tenir compte, à son infertilité inexpliquée. Peut être pas tant que ça finalement.


« Combien avez eu de partenaires sexuels ? » Une question que les gynécologues ne se privent jamais de poser.

Je leur réponds que je n’en ai eu qu’un seul. Soit je passe pour une religieuse intégriste qui a attendu le mariage (spoiler alert: nous avons attendus 2 rdv et demi) soit je passe pour une menteuse.

Il y’a eu quelqu’un d’autre. Mais pour moi il ne compte pas. J’étais là, mais je n’étais pas la. Je ne me suis pas débattue, j’ai juste pensé à autre chose. J’ai attendu qu’il se lasse. Mon corps l’a bloqué, pas assez apparemment. Et je me suis dit que si je ne m’étais pas débattue c’est bien que j’étais d’accord au fond.

Même des années après il a essayé de me faire mal. Pas physiquement, mais mentalement. En allant me retrouver, pour me dire qu’il ne m’avait jamais aimé. Sauf que je m’en fous, je suis anesthésiée. Et je m’en doute bien, au fond, qu’il ne m’avait jamais aimé.

J’ai mis des années avant de me laisser à nouveau approcher par un homme. Et puis j’ai rencontré mon viking. On en a parlé, longtemps, et puis j’ai pu me laisser aller dans ses bras.

Plus tard, récemment même,  avec l’aide de ma psy, j’ai compris que ce qui m’était arrivé avait une traduction dans le code pénal que je connais pourtant si bien.

Ca compte, mais dans ma vie ça ne compte pas. Une notion bien complexe. Alors pour tenter d’oublier, je ne veux laisser aucune trace de lui dans les notes concernant mon corps.

De la notion (personnelle) des choses

EDIT: Toujours dans cette optique de notion, j’ai déplacé mon rdv avec Hope au 17 mars. Parce que ca m’éloignera d’autant plus de mon accouchement, ma demande paraîtra moins précipitée. Et puis, chéri a raison, financièrement mieux vaut temporiser. #médecineàdeuxvitesses

J’espère que ce décalage sera une bonne surprise pour une galérienne du quai.

8 DPO, J1, vivement qu’on se couche

Mais à part ça mes cycles sont pas pourris. Et une ovulation à J30 aussi c’est normal hein.

Sur ce, je vais prendre un spasfon parce que quand même le coup de poignard dans les reins ça fait pas du bien. Mais les douleurs on s’en fout (coucou le chirurgien !).

Et j’ai une bronchite, fièvre tout ça tout ça. Et je suis même pas sure de pouvoir aller chez Hope ce mois-ci. Finances en berne tout ça tout ça. La mutuelle va rembourser, mais en attendant le découvert va se creuser et on a besoin de comptes nickels pour le nouveau prêt immo.

 

La joie.

 

 

L’enthousiasme du chirurgien

Il est 18h, me voilà à Paris en train de me trainer dans un métro bondé avec mes dossiers et mes grilles de mots fléchés (faut pas user la batterie pour rien). J’ai le chargeur de mon portable bien au chaud dans mon sac. C’est sur je ne me ferai pas avoir par les dieux de l’ifoune comme la dernière fois. 

Arrivée dans le pôle femme mère enfant plongé dans la pénombre et bien désert à 19h. Trois personnes devant moi. Apparemment le docteur professeur prend son temps avec chaque patiente. Chouette … si seulement j’en avais moi du temps ! Rapide calcul, en prenant en compte le moindre rythme de passage des métros, je dois lever le camp à 20h15 maximum, temps de consultation inclus.

Mon tour arrive. Le docteur professeur fait penser à un père noel des magasins à qui il resterait encore quelques mèches noires. Il m’invite à entrer dans son bureau.

L’historique est très bref: nombre de grossesses, historique chirurgical. Oui cette grossesse a été obtenue par la PMA. Il note FIV, je le corrige.
Cause de l’infertilité: je lui explique mon insuffisance gonadotrope et ma touche d’opk. Mais les opk étant plus secondaires car aucun marqueur sanguin la LH restant dans la norme. Il note insuffisance gonadotrope avec deux beaux points d’interrogation. Il note opk et le souligne deux fois. Cataloguée à cause de mon poids sans même me demander mes analyses et échographies => médecin catalogué comme besser wesser àlti zéwwel (oui ces mots ont bien une signification dans la langue de mon pays. Oui je pense que ca se passe de traduction).

Pas une seule question sur les douleurs éventuelles (prends ton spasfon et fais pas chier) ou sur les saignements. Non, le docteur professeur ne se base que sur les clichés de l’hystérosonographie et de l’hystérosalpingographie.

Père Noel des magasins: Il va falloir opérer qu’il annonce d’un air solennel, il y’a un léger bénéfice dans ce cas. Ca marche 9 fois sur 10.
Patiente-obsèse-donc-opk-et-pis-c’est-tout: Ah bon ? Une grossesse serait donc dangereuse dans l’état présent de mon utérus ?
Père Noel des magasins: ah non pas de soucis, on surveillerait juste la cicatrice en fin de grossesse.

Et c’est là que je me mets les nerfs en pelote, si j’étais fertile je n’aurai même pas à passer par la case opération. Je pourrais juste faire de belles balades en poney dès que je le souhaite. Mais non, je suis infertile donc le bébé tu le feras moi grand gourou médical je le veux bien et puis quand tu seras bien charcutée hein il me faut des utérus pour ma publication scientifique.

Quand je vois l’état de ma trompe gauche suite à l’intervention pas plus nécessaire que ça et pratiquée sans mon consentement pour mon fibrome, je suis plus que frileuse sur ce genre d’intervention. Mais mon libre arbitre et le consentement libre et éclairé du patient (coucou loi 2002-2) est balayé par le nécessaire suivi de l’avis chirurgical pour obtenir le saint graal de la stimulation ovarienne.

Bref je résume: 1) en tant que patiente je ne suis pas écoutée alors que je suis la première au courant de mon historique médical (et que j’ai les analyses à l’appui) 2) aucune prise en compte de mes douleurs ou de mes désagréments comme les saignements 3) aucune liberté de choix de la conduite à tenir

Franchement, si ça, ca ne réveille pas des envies de militantisme …